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Pour l'égalité d'accès à la restauration scolaire - Un exemple concret du manque de place à la cantine : Saint-Mammès

 

 

Alors que les familles de Seine-et-Marne concernées commencent à recevoir leur notification accordant au refusant l'inscription de leurs enfants à la cantine scolaire municipale, pour l'année scolaire 2014/2015, la FCPE de Seine-et-Marne souhaite partager un témoignage concret des conséquences des restrictions mises à l'accès à la restauration scolaire par certaines Mairies, souvent simplement pour cacher l'effet d'un sous-dimensionnement des infrastructures publiques. Ce problème de "capacité" est d'autant prégnant en Seine-et-Marne que le fort développement démographique, notamment en zone péri-urbaine, ne s'accompagne souvent pas d'une mise à niveau des équipements de base dont les nouveaux habitants, pourtant encouragés à s'installer, ont besoin.

 

Voici donc une exemple concret des conséquences sur les familles et leurs enfants de ce problème dénoncé au niveau départemental depuis de nombreuses années par la FCPE de Seine-et-Marne : Saint-Mammès. 

 


 

Le vendredi 06 juin 2014, une quarantaine de parents d'élèves de Saint-Mammès, ainsi que quelques membres du conseil municipal venus en observateur, se sont rassemblés devant l'école communale Henri Geoffroy, à l'appel des représentants de parents d'élèves de l'ALIPE-FCPE. Le but de ce rendez-vous était de partager les témoignages des familles dont les enfants n'ont pas été admis à la restauration scolaire de la commune, faute de places disponibles, et de chercher ensemble un moyen de sortir de cette situation vieille de vingt ans, mais qui s'est brutalement détériorée en 2014, avec l'expansion importante du village.

 

Les besoins des familles « au profil prioritaire » ne sont plus couverts.

Loin des débats sur l'opportunité d'accueillir à la cantine des enfants dont un au moins des parents ne travaille pas, ce qui ressort des chiffres du bilan des attributions de places à la restauration scolaire pour la rentrée 2014/2015, c'est que même les besoins des familles, considérées comme prioritaires par la Municipalité de Saint-Mammès, c'est-à-dire celles où les deux parents travaillent, ne sont plus couverts par les capacités de la restauration scolaire. Ce ne sont pas moins de 30 dossiers de familles « au profil prioritaire » qui ont été rejetés. Sans compter le nombre de dossiers de familles jugées « non prioritaires », qui ont tout de même exprimé un besoin de garde le midi, notamment pour une recherche d'emploi ou des missions d'intérim.

 

Un effondrement de l'offre alternative du secteur privé.

Pour les familles rejetées, la Municipalité renvoie vers les assistantes maternelles du secteur privé. Malheureusement, l'Association Locale des Assistantes Maternelles de Saint-Mammès, qui s'est mobilisée pour aider les familles, a constaté que, parmi les 20 professionnelles de la petite enfance, qui étaient en activité jusque là, seules 11 étaient en capacité de proposer un accueil périscolaire sur le temps du midi à la rentrée prochaine, à raison d'un enfant accueilli par assistante maternelle. Soit seulement 11 places potentielles dans le secteur privé pour au moins 30 enfants à accueillir à partir de septembre 2014. Sans compter le vif mécontentement des adhérentes de l'association qui ont connu une année très difficile à cause des nouveaux horaires choisis en dépit de leurs contraintes suite à l'entrée en vigueur de la réforme des rythmes scolaires. Les assistantes maternelles sont submergées et elles assistent, impuissantes, au désarroi des familles.

 

Un écart de prix entre les modes de garde prohibitif.

Après cette présentation peu réjouissance, une maman souhaite exposer son cas. Elle vit seule, avec trois enfants à charge et un travail à plein temps situé à 40 km de là. Malgré ce statut de famille monoparentale, malgré son besoin de garde allant de 7h du matin à 18h le soir, le dossier de sa petite dernière a été rejeté. Elle a sollicité une assistante maternelle du secteur privé, qui lui a indiqué que le tarif d'une garde d'enfant en accueil périscolaire dans le secteur privé avoisinait les 350 euros par mois. Au lieu de moins de 150 euros dans le secteur public. Rejetée du service public, incapable de faire face aux frais de garde en secteur privé, elle ne peut pas non plus s'arrêter de travail, comme sont contraintes à le faire certaines mamans, qui ont la chance de vivre en couple. Elle se sent acculer, sans solution et sans écoute de la part de la Municipalité.

 

L'école, oui, mais à 40 km de là.

Vient le tour d'une famille, dont l'enfant a enfin obtenu une place à la restauration scolaire, après une année entière sur liste d'attente. Ces parents racontent comment, faute de pouvoir laisser leur enfant de maternelle à la cantine, ils ont dû la scolariser dans une école, située à 40 km de là, à proximité de leur travail. Ils se souviennent des réveils difficiles, des trajets de deux heures chaque jour pour aller et revenir de l'école et de l'impossibilité de participer à la vie scolaire locale. C'est en souvenir de cette « galère » qu'ils ne souhaitent à aucun enfant, qu'ils ont décidé de venir soutenir les parents « exclus ».

 

Les enfants ou le travail, il faut choisir.

Une seconde maman prend la parole et raconte comment son employeur a refusé de croire que sa fille n'avait pas eu de place à la restauration scolaire. Depuis 2 mois, elle pose congés sur congés, parce qu'elle n'a plus de mode de garde pour le repas de ses enfants, suite à la cessation d'activité soudaine de son assistante maternelle. Elle avait l'espoir que sa fille pourrait accéder à la restauration scolaire à l'occasion de la rentrée 2014/2015, mais son dossier a été rejeté, bien qu'elle et son époux travaillent à temps plein à 30 minutes de leur domicile. Sans solution, elle craint de devoir arrêter de travailler et renoncer à une bonne place en CDI. Dans le contexte économique actuel, elle ne sait même pas si elle aura l'opportunité de reprendre une activité, lorsque sa situation sera enfin réglée.

 

« Mon époux et moi-même, nous travaillons à Paris, 3h de train chaque jour, comment on va faire !? »

Une maman, enceinte de son deuxième enfant, souhaite également partager son incompréhension, lorsqu'elle a reçu sa lettre de rejet d'inscription à la cantine. Son mari et elle prennent le train pour Paris, tous les jours à 7h18. Ils ne rentrent qu'avec celui de 18h37. Ils n'ont pas de famille à proximité et aucune assistante maternelle n'a de place à leur offrir. Ils n'ont aucune solution, aucun porte de sortie. Pour ces périurbains qui travaillent dur chaque jour et passent beaucoup de temps dans les transports, c'est un poids et une inquiétude : comment leur enfant va-t-il endurer tout cela ?

 

Une situation explosive.

Plusieurs autres parents ont partagé leur expérience. De l'aveu de tous, cela leur a permis d'évacuer une partie du stress intense, même si le fond du problème n'est pas réglé. Le mur opposé par la Municipalité et les tensions très vives qu'il a engendré, ont déjà dégénéré en bataille rangée, aboutissant sur une grève des personnels périscolaires municipaux. Que va-t-il se passer quand toutes ces familles vont avoir fait le tour de la liste des assistantes maternelles du secteur privé sans avoir trouver de réponse convenable à leur besoin et vont nécessairement revenir vers la Municipalité ? Que va-t-il se passer lorsque cette dernière leur répondra à nouveau qu'elle ne peut rien faire et ne veut plus en entendre parler ? Dos à un mur, avec l'avenir des enfants dans leurs mains et la qualité de vie de leur famille en jeu, n'importe quel parent pourra déraper. En face, les agents municipaux se retrouvent à gérer le désarroi des familles et la colère, qui monte, devant l'impression de ne compter pour rien. L'exaspération gagne alors les deux parties et les mots peuvent alors dépasser la pensée des uns et des autres. Tension dans les services périscolaires, incompréhension et colère des familles, la réponse à tout cela ne peut être que politique. Dans la recherche du respect des principes de la République, qui proclament depuis deux cents ans l'égalité de tous devant le service public. Dans la recherche du bien-être des enfants, notamment lorsque ces derniers ont besoin d'accéder à la restauration scolaire.