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Retour sur les échanges du débat du 10 octobre 2015

 

 Restitution de la conférence – débat du 10 octobre 2015

Moissy-Cramayel

 

Les intervenants présents :

- Hervé-Jean LE NIGER, vice-président de la FCPE National

- Elsa GALEY, représentante du SNES-FSU et professeur d'histoire-géographie
- Olivier FAURE, député de la circonscription (PS)
- Geneviève SERT, vice-présidente du Conseil Départemental en charge des collèges et de l’enseignement (UDI)

Modérateur :

- Mehdi AZZAM, Secrétaire général de la FCPE 77

 

En ouverture de la réunion, il a été rappelé que la réforme du collège soulève un important débat et mobilise contre elle, notamment du coté des syndicats d’enseignants. Cette réforme ayant un aspect technique très dense, la parole est donnée à la représentante du syndicat d’enseignants SNES-FSU, qui aborde les thèmes des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI), le devenir des langues anciennes, l’obligation de faire Anglais LV1 et la  suppression des sections bilangues et européennes. Selon le SNES-FSU, les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) peuvent constituer une approche intéressante, à condition que le temps nécessaire pour les réaliser ne soit pas pris sur l’enseignement des acquis fondamentaux. Le SNES-FSU craint que les enfants ayant des difficultés ne maîtrisent encore moins ces fondamentaux, puisque le temps consacré à ces apprentissages doit diminuer.  De plus, le SNES-FSU insiste sur le fait que les enseignants travaillent déjà sur des projets transversaux, avec une meilleure articulation avec les enseignements classiques.

Un participant partage son expérience d’un de ces projets, actuellement existant, auquel n’accède qu’une minorité d’élèves du collège, après un processus de sélection, comprenant production écrite, lettre de motivation, lettre de recommandation et audition (pour des élèves entrant en 6ème), dont les critères sont flous et l’aboutissement entièrement à la discrétion des enseignants. Pour lui, les EPI vont permettre de « démocratiser » l’accès à ce type de projet.

Le vice-président de la FCPE Nationale revient sur la crainte que la mise en place des EPI et la diminution des heures de cours « classiques » n’entrainent un accroissement du décrochage scolaire. Pour lui, l’expérience menée en de nombreux endroits a montré qu’il est souvent très utile aux élèves décrocheurs de « changer de mode d’apprentissage », d’aller plus vers le concret, pour avancer vers une amélioration de la situation. Pour lui, les EPI peuvent au contraire représenter une chance pour les élèves qui sont mal à l’aise avec l’enseignement académique standard.

Un participant note tout-de-même que les élèves auront moins d’heures de cours et que cela ne semble pas très logique avec le but affiché de la réforme.

La représentante du SNES-FSU estime que la réduction du temps de professeurs amènerait à faire passer la DHG des collèges de Seine et Marne de l'ordre de 81 000 heures par an, actuellement, à 75 000 heures par an, après la réforme.

NOTA : Interrogée à postériori sur cette information, la Directrice académique de Seine-et-Marne, qui n’était pas présente en raison de la période de réserve électorale, dément cette affirmation, en précisant que : « à effectifs constants, chaque établissement est assuré d'avoir 28h45 par division à la rentrée 2016 et 29h à la rentrée 2017. S'ajouteront des heures pour des dispositifs particuliers. »

Un participant aborde ensuite la question de l’obligation de choisir l’Anglais en LV1 en 6ème et de la suppression des classes bilangues ou européennes, pour les nouveaux collégiens, mais également pour ceux qui ont déjà commencé ce cursus. Il évoque la rupture de parcours pour ces jeunes et développe au-delà sur le refus du pluralisme des enseignements des langues étrangères, ainsi que sur la disparition des cursus d’enseignement linguistique renforcé, qui ne pourra qu’handicaper notre pays, déjà bien connu pour ses difficultés à donner un bon niveau de langue aux jeunes qui arrivent sur le marché du travail.

Le vice-président de la FCPE Nationale indique que la réforme ne supprime pas la possibilité de suivre l'enseignement d'une autre langue que l'Anglais en LV1, à condition que l'enseignement de cette première langue ait été  initié dans le Primaire. De plus, elle permettra toujours, dans le cadre de « marge d’autonomie » des établissements, de prévoir des modules de langue renforcée ou de LV3. Par contre, elle ne permettra plus la mise en place de "filières" et de classes particulières, où une option sert à isoler des élèves d’un certain niveau du reste des collégiens. A titre d’exemple, il ne voit pas en quoi débuter l’Allemand en 5ème serait si problématique, sauf à considérer que l’Allemand pris en LV1 en 6ème, avait une autre vocation que l’apprentissage d’une langue étrangère, comme, par exemple, de justifier la création de facto de "classes de niveau ».

Le député raconte que ses parents lui avaient fait choisir, à l’entrer en 6ème, Allemand LV1, pour être dans la classe « des meilleurs ».

Un participant confirme avoir vécu la même chose dans sa jeunesse, mais avoir décidé de ne pas faire de même avec ses enfants, qui ont été libres de choisir une des langues proposées dans leur collège.

La représentante du SNES-FSU indique que la question des langues étrangères et de leur apprentissage est centrale, car la capacité à maitriser une ou plusieurs d’entre elles constitue un facteur majeur dans l’intégration professionnelle des jeunes. Le SNES-FSU considère que la voie empruntée par la réforme n’est pas la bonne pour faire en sorte que les jeunes soient au niveau attendu.

Un participant considère que, s’agissant de la question des langues, la réforme a versé par trop dans l’égalitarisme et ne prend pas en contact le contexte, notamment professionnel, actuel, ni les goûts et les centres d’intérêt d’un certain nombre de jeunes.

La représentante du SNES-FSU aborde la question de la refonte des programmes, qui est menée en parallèle à la réforme du collège. Elle met en garde contre la complexité de la mise en œuvre simultanée de ces deux processus, d’autant que ce sont les programmes des 4 niveaux qui vont être modifiés simultanément et dès la rentrée 2016.

Un participant s’inquiète du problème du remplacement des livres et interroge la vice-présidente du conseil départemental sur le dispositif qu’il mettra en œuvre pour gérer ce processus.

La vice-présidente du conseil départemental rappelle que les livres des collégiens, contrairement à ceux des lycéens, sont entièrement pris en charge par l’Etat. Elle renvoie donc sur le Rectorat qui est chargé de pourvoir à l’approvisionnement des collèges en manuel scolaire.

Le député souhaite insister en clôture des échanges sur l'importance du nombre d’enfants sortant du collège sans connaissances suffisantes (environ 175 000/an). Pour lui, nous en sommes collectivement arrivés à un tel point que la présence d’un « bon collège » dans un quartier a même un impact sur les prix de l'immobilier ! Il n’est plus possible de continuer à partager ensemble le constat que cela ne fonctionne pas, tout en refusant la moindre initiative visant à améliorer la situation.

ADDENDA : La question de l’accompagnement personnalisé n’a pas pu être abordé. Néanmoins, la Directrice académique de Seine-et-Marne précise que « il s'agit d un enseignement complémentaire qui s'adresse à tous les élèves. Toutes les disciplines y contribuent. L'organisation peut prévoir divers aménagements : co-intervention, effectifs allégés, groupes restreints. On peut prévoir par exemple trois adultes pour deux divisions ou quatre pour trois classes. Les effectifs des groupes peuvent varier en fonction des objectifs visés.